Sobriété heureuse – Ben Sira
SIRACIDE. DEUXIEME MEDITATION.
Jésus Ben Sira, comme tous les sages de l’antiquité, consacre de nombreuses réflexions au thème de la richesse. Au commencement du chapitre 5 il donne ce conseil aux riches : Ne t’appuie pas sur tes richesses, ne dis pas : « Elles me suffisent. » Cet enseignement est complété au chapitre 11 : Tel s’enrichit à force d’être économe et regardant, mais voici ce qu’il y gagne : quand il dit : « Enfin le repos ! Maintenant je vais jouir de mes biens », il ignore combien de temps cela va durer : il devra laisser ses biens à d’autres et mourra… Ne dis pas : « De quoi pourrais-je avoir besoin ? Quels biens puis-je avoir encore ? » Ne dis pas non plus : « J’ai tout ce qu’il me faut. Quel mal pourrait encore m’atteindre ? » Au jour du bonheur, on oublie le malheur ; au jour du malheur, on oublie le bonheur. Nous trouvons dans ces versets du Siracide la source principale d’inspiration pour l’enseignement que Jésus donne au chapitre 12 de l’Evangile selon saint Luc avec la parabole de l’homme riche : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.” Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.” Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?” Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. » L’amour des richesses est contraire à la sagesse et expose à la tentation : Beaucoup pèchent par amour du profit ; qui cherche à s’enrichir ferme les yeux sur le mal (27, 1). Au chapitre 29 Ben Sira montre le chemin de la sagesse aux riches et nous donne par avance un contre-exemple de l’homme riche de la parabole : Pourtant, laisse-toi toucher par le malheureux, ne lui fais pas attendre ton aumône. Viens en aide au pauvre, comme il est prescrit : il est dans la misère, ne le renvoie pas les mains vides. Pour un frère et un ami, sacrifie ton argent, plutôt que de le laisser rouiller dans ton coffre. Investis ta fortune selon les commandements du Très-Haut : cela te rapportera plus que l’or. Fais l’aumône, elle s’entassera dans tes greniers, elle te préservera de tout malheur. Mieux qu’un solide bouclier, mieux qu’une lourde lance, elle te défendra contre l’ennemi. Dès le chapitre 3 Ben Sira avait présenté l’aumône et sa puissance auprès de Dieu en vue du pardon des péchés : L’eau éteint la flamme du feu, et l’aumône obtient le pardon des péchés. Comment ne pas penser à la parabole du pauvre Lazare et du riche au chapitre 16 de saint Luc ? Concluons cette méditation avec ce rappel fait à l’homme qui veut s’enrichir pour lui-même et qui fonde sa vie sur ses richesses : L’essentiel dans la vie, c’est l’eau, le pain, le vêtement et une maison pour protéger son intimité. (29, 21). La sagesse de Ben Sira nous enseigne ainsi la sobriété heureuse, condition indispensable pour affronter les défis écologiques de notre temps et pour engager les pays riches dans une réelle solidarité envers les nations qui sont accablées par le fardeau de la misère.